French poem
Ignorance
by André de Guerne (1853–1912)
Elle disait : — J’ai le droit D’ignorer, si je devine. L’amour sur terre s’accroît De l’ignorance divine.
J’ai la beauté, me dis-tu ; Cela suffit. Je suppose Que ce n’est pas la vertu Qui fait l’orgueil de la rose.
Dans les prés que nous pillons J’aime à voir, folle et charmante, Voltiger les papillons Du narcisse à l’eau dormante.
Les bras nus, cheveux au vent, Je poursuis la demoiselle ; Toi, le sévère savant, Les choses que l’ombre cèle.
Tu froisses des rouleaux noirs, Tu lis des pages écrites ; Moi j’arrache, ô doux espoirs ! Les feuillets des marguerites.
J’aspire, j’entends, je vois ; Ô chant ! parfum qui m’enivre ! Ô fleurs ! Les feuilles des bois Sont les feuilles de mon livre.
J’ignore tout. Que c’est beau D’être simple en étant femme Et de n’avoir pour flambeau Que la lumière de l’âme !
J’aime ! Aimons-nous ! C’est assez De savoir que l’heure est brève, Que nos fronts sont caressés Par l’aile agile du rêve,
Que les baisers n’ont qu’un jour, Que volupté vaut science, Qu’il faut à beaucoup d’amour Joindre un peu de méfiance.