Versos French André de Guerne Mendiante

French poem

Mendiante

by (1853–1912)

Listen in the reader

Dix ans ; l’azur du ciel sur des yeux ingénus. Une jupe en lambeaux qui pend sur ses pieds nus, Parmi ses cheveux blonds des joncs et des feuillages, La fille des vanniers s’en va par les villages, Si petite et si frêle en s’arrêtant au seuil Qu’en la voyant venir les chiens lui font accueil. Elle rôde, elle glisse, elle frappe à la porte, L’ouvre et, tendant la main, sans rien dire, elle emporte Le pain que l’indigent réserve au vagabond. Elle rit, elle passe et disparaît d’un bond Si léger qu’on entend le frisson de son aile.

Oh ! quand elle éblouit la nature éternelle De sa grâce ignorante et de son pur matin, Est-ce que cette enfant, vouée au noir destin, D’une aumône banale alourdit sa corbeille ? Peut-elle mendier puisqu’elle est une abeille ? Elle vole aux foyers comme ses sœurs aux fleurs ; Ce soir en nos vergers, demain, dès l’aube, ailleurs, Elle fait sans savoir son œuvre clandestine.

Qu’il soit doux et sacré le miel qu’elle butine !