French poem
V (Les barons ont fait la demande…)
by André Rivoire (1872–1930)
Les barons ont fait la demande. Tout s’est passé selon leurs vœux. Le père a dit : « Ma joie est grande. » Et Berthe : « Si l’on veut, je veux. »
Elle rougit, suivant l’usage. Et tous les barons d’admirer, Au nom de Pépin, ce visage Si clair qu’on s’y pouvait mirer.
Alors, le roi Flores propose : « Messieurs, vous devez avoir faim. Venez donc prendre quelque chose De réconfortant et de fin.
« Vous avez la joue et l’œil caves, Et vos chevaux n’en veulent plus. Videz mes celliers et mes caves, Soyez friands, soyez goulus.
« Tout est conclu, rien ne vous presse. Restez un mois, restez-en deux. Reposez-vous avec ivresse Des nuits et des jours hasardeux. »
Mais eux que Pépin seul anime, Plus forts que la tentation, Déclinent d’un geste unanime Cette aimable invitation :
« Notre prince est en peine, sire, Laissez-nous partir à l’instant. On se consume comme cire, Quand on ignore et qu’on attend.
— J’aime, dit le roi, votre zèle ; Mais je ne puis, à mon regret, Vous octroyer la demoiselle, Sans son trousseau qui n’est pas prêt.
« Si vous avez trop souciance Du roi qui languit de savoir, Portez à son impatience L’allégement d’un sûr espoir.
« Volez à lui, prompts comme flèche, Vous lui direz en arrivant Que Berthe vous suit en calèche, Et que son cœur marche devant. »
Il dit. Chacun bondit en selle. Et c’est ainsi, de huit à neuf, Que Berthe aux grands pieds, très pucelle, Fut promise à Pépin, très veuf.