Versos French André Theuriet La Chanson du vannier

French poem

La Chanson du vannier

by (1833–1907)

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Brins d’osier, brins d’osier, Courbez-vous, assouplis sous les doigts du vannier.

Brins d’osier, vous serez le lit frêle où la mère Berce un petit enfant aux sons d’un vieux couplet : L’enfant, la lèvre encor toute blanche de lait. S’endort en souriant dans sa couche légère. Brins d’osier, brins d’osier. Courbez-vous, assouplis sous les doigts du vannier.

Vous serez le panier plein de fraises vermeilles Que les filles s’en vont cueillir dans les taillis ; Elles rentrent le soir, rieuses, au logis, Et l’odeur des fruits mûrs s’exhale des corbeilles.

Brins d’osier, brins d’osier, Courbez-vous, assouplis sous les doigts du vannier.

Vous serez le grand van où la fermière alerte Fait bondir le froment qu’ont battu les fléaux. Tandis qu’à ses côtés des bandes de moineaux Se disputent les grains dont la terre est couverte.

Brins d’osier, brins d’osier. Courbez-vous, assouplis sous les doigts du vannier.

Lorsque s’empourpreront les vignes à l’automne, Lorsque les vendangeurs descendront des coteaux. Brins d’osier, vous lierez les cercles des tonneaux Où le vin doux rougit les douves et bouillonne.

Brins d’osier, brins d’osier. Courbez-vous, assouplis sous les doigts du vannier.

Brins d’osier, vous serez la cage où l’oiseau chante, Et la nasse perfide au milieu des roseaux Où la truite qui monte et file entre deux eaux S’enfonce et tout à coup se débat, frémissante.

Brins d’osier, brins d’osier. Courbez-vous, assouplis sous les doigts du vannier.

Et vous serez aussi, brins d’osier, l’humble claie Où, quand le vieux vannier tombe et meurt, on l’étend, Tout prêt pour le cercueil. — Son convoi se répand. Le soir, dans les sentiers où verdit l’oseraie.

Brins d’osier, brins d’osier, Courbez-vous, assouplis sous les doigts du vannier.