Versos French André Van Hasselt La Migration des oiseaux

French poem

La Migration des oiseaux

by (1806–1874)

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Voici, voici venir le temps des hautes crues, Fleuves, et vous coulez où Dieu vous fait couler. Voici venir l’hiver, ô triangles des grues, Et vous allez au sud où Dieu vous dit d’aller.

Le long des lacs profonds et des mers boréales, Au fond du nord, où monte à minuit le soleil, Vous avez vu briller ces clartés idéales Que le pôle dessine à l’horizon vermeil.

Vous avez mesuré de vos ailes brumeuses Ces golfes et ces caps où se heurtent les flots, Rêvé, le jour, au bruit des vagues écumeuses, Et reposé, la nuit, sous le toit des bouleaux.

Au bord des grands marais, au bord des eaux grondantes, Voyageuses de l’air, vous avez, tout l’été, Fait, du matin au soir, vos chasses abondantes Et vécu dans la joie et la prospérité.

Et voici que le vent mugit, et que commence L’hiver aux jours obscurs, l’hiver aux longs ennuis ; Et vous voilà partant pour ce voyage immense Que vous continuez même pendant les nuits.

Bientôt vous franchirez les grands déserts numides, Les sirtes de Libye et l’oasis d’Ammon, Et vos cris salûront, du haut des pyramides, Le fleuve de Memphis, le Nil au gras limon.

Et, tandis que le froid de ses neiges moroses Étendra le manteau sur nos bords désolés, Vous vivrez au milieu des lotus aux fleurs roses Et sous le vert abri des palmiers étoilés.

Mais, le printemps venu, vos ailes palpitantes Regagneront le nord en automne quitté. Vous alternez ainsi, tour à tour habitantes Du sud pendant l’hiver, du nord pendant l’été.

Nous ferons tous un jour aussi notre voyage, Mais seuls, dans une nuit ténébreuse où les pas Trébuchent, comme ils font sous un obscur nuage ; Et, partis une fois, nous n’en reviendrons pas.

Heureux qui trouve au bout de cette route morne, Ô vaste éternité que rêvent tous nos jours, Ce bonheur calme et pur qui n’a ni fin ni borne Sous les palmiers du ciel qui fleuriront toujours !