Versos French Andrée Vernay Dernière terre

French poem

Dernière terre

by (1914–1942)

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Porteuse de silence, Esquisse de l’Éternel entre les sables Et l'immense baptistère Des eaux, Ô Terre purifiée comme une femme qui sait la douleur [de se donner : Lianes de prières et de secrets Sur ma mémoire qui n'oublie pas Furieux pardon, sacrifice, volonté De se perdre afin de racheter Je ne sais quel droit de vivre sur la tombe de sa mort ! Je suis à toi désormais Parce qu'une fois, une seule fois dans le temps, Je t'ai reçue en moi Et que, dans l'exclusive attention, Après toi, j'ai répété le nom unique De la triple substance De terre, de ciel et d'eau ! Inoubliable blancheur dans la lumière ! Éclat suprême entre les terrestres frontières Et les autres ! Je ne sais plus ta voix, Je ne sais plus ta forme, Mais je sais Que l'une et l'autre se sont fondues pour devenir La porte déchirée par laquelle tu ne cesse plus de passer [en moi. Gardienne de ma joie ! Gardienne de nos derniers sourires ! Où les gardes-tu donc pour qu'ils aient disparus ainsi, Ô ma douce voleuse ? Je t'aime ! Et nul ne comprendra cela, Et nul ne saura la longue, longue, épuisante histoire de [notre amour, Car tout est si profond et si grave entre nous, Que rien ne peut échapper à notre silence. Je te porte dans l'initiale unité de la vie ; Je te porte dans cette unité que rien ne déchire Parce qu'elle sait les liens aveugles de la maternité ou [de notre communion. Ô fragile ! Ô lourde ! Ô terrible élection ! Je réfléchis le poids de tes siècles Sur mes années légères ; J'épouse l’œuvre du temps sur toi Et je la partage à mon âge, Et je deviens ce vertige entre la seconde et l'éternité Parce que c'est en toi que je me rappelle... Je ne prie pas sur mes souvenirs, Mais je souffre pour eux au chevet des tiens. Et, immobile, je t'écoute Tandis qu'entraînés, les jours continuent, continuent [vainement de passer... Je te nomme dans la nuit parce qu'elle consomme et [protège ; Je te nomme dans le jour parce qu'il consume Et je ne te nomme plus lorsqu'enfin, brûlée d'ombre ou [de feu, je te retrouve pure. Ô douce violence ! Désir que tout s'en aille afin de t'approcher, Joue nue contre mes lèvres ! Chair du partage et du désir et de la Transfiguration ! Vivante, mortelle, ô douloureuse tentation De cela qui ne se divise Qu'en terre, en ciel et en eau, Et qui s'appelle : "Toi" ô Là-Bas de mon amour !

Le froissement du sable comme du blé contre la meule, Le froissement de l'eau contre la profondeur, Le flottement du ciel au bord de l'eau... C'est tout ce que je me rappelle... Et aussi le bronze d'or de l'extrême azur, Et je ne sais combien d'ailes, Combien de transparences Au-dessus de nos secrets pressés les uns contre les autres Comme, plus visiblement, se pressaient nos ombres dans le vent.

... Plus que nous et toi... Et cet échange immédiat Qui, dans l'inexplicable intervalle, Nous liait à tout Et aussitôt nous déliait. Fournaise et tombe du plus jeune espoir ; Le plus jeune, le plus parfait, le plus patient mais le [dernier - Le seul - Sans répit, je connais que tu n'es plus, Ô ma terre! Qu'un espace gisant en moi Que la mort que tu sais franchit en un instant par dessus [toute ma vie. ... Douceurs réintégrées pour toujours Au jamais qui a fini de passer ! Rêve dans la veille ! Pas de musique et de nocturne A travers la quotidienne apparence du jour !

Ô ma trop belle visiteuse ! Nous étions plusieurs... Et parce que tu es venue entre nous, Et parce que chacun de nous t'a confié le même amour,

Il y a de cela de pareil en chacun, Qui est de toi et de cet amour Et qui a fait que, dans le vent, Nous nous sommes recueillis les uns dans les autres. Je t'aime ! Ô ma terre ! ... Mais il faudra noyer dans tes sables ton ciel et ton eau,

Afin qu'ils ne puissent plus jamais servir, Ces mots qui furent le Mystère de notre Amour...