Versos French Andrée Vernay Le Soir

French poem

Le Soir

by (1914–1942)

Listen in the reader

Le soir nous est la lampe amie, L'heure des sonnailles et des fumées monotones. Enfant, j'aimerais ce charme, Mourant que m'est-il ? Un ennui de plus, une nouvelle tombe. En route, j'ai perdu ce qu'autrefois j'avais mis de côté pour plus tard. En route, je ne me suis plus souvenu de ce que j'avais aimé et j'ai laissé souffler dessus le vent de la course. De rechercher, jamais le goût ne m'est venu, mais, je pense quelquefois à cet effeuillement qui, m'ayant tout ôté, m'a fait cadeau de mon destin. J'ai l'âme voyageuse et infidèle où l'amour glisse et meurt sur lui-même comme y glisse la pitié et comme y meurent les souvenirs. C'est à peine, si je vois encore la vulgarité de la vie, tant j'en suis entourée, gorgée, inondée. Je ne crois pas avoir conservé quelques préférences particulières, quelques prédilections... Dès qu'à commencé le dépouillement, je l'ai voulu total. Il n'y a plus de situation moyenne. J'ai dans le cœur comme un cri que je ne pourrai jamais pousser et toute une œuvre dont l'expression me sera à jamais interdite. Que seront les plaintes de ceux qui souffrent à côté de leur souffrance ? Qu'est le désespoir que l'on dit, à côté de celui qui isole des êtres et des mots. Comme autant de mises en liberté provisoires, les mièvreries de nos bouches à paroles.

BLIDA, 1936