French poem
Paysages (I)
by Andrée Vernay (1914–1942)
Brumes bengaliques des soirs d’Afrique haïk rose des montagnes voiles fluides, voiles liliacés qui flottent en apothéose pour un parachèvement des jours lents crépuscules palmes couronnées d’azur stances de majesté lancées passionnément par toute la terre heureuse la cigogne passe dans la transparence du ciel un enfant joue faisant des ombres peintes flammes privées de cendres mais aucune terre n’est faite pour que l’on y demeure ô routes qui traversez mais continuez plus loin, c’est à vous que je m’attache ! fuite divine des espaces ! lassitude de toute possession parce qu’elle a pris la place de ce que l’on ne possède point ! mon horizon est l’obstacle à ceux que je ne vois pas plus lointains et meilleurs sont les autres poursuite, éternelle poursuite… je baise la route qui ne s’arrête pas. et je hais ce qui m’a retenue nomade dans l’éclatant silence des étoiles et des sables je vais vers un Sud irréel, vers des clartés jalouses… jardins dont je ne sais rêver ; rêve dont rêve le mien impatience inutile d’avoir dépassé les lignes habitées et de pénétrer en d’autres enceintes je hais de savoir où je serai demain paradis fou de promesses, je crie en damné qui se fout de sa damnation, mais voudrait n’y pas entendre les bruits de la populace ô désir affamé d’un recueillement ! j’aime vos délicatesses ô soirs africains, j’aime leur inno- cence mais tandis que vous êtes fixés à cette terre privilégiée ma destinée m’appelle plus loin je revêtirai d’autres costumes à votre amour je superposerai d’autres amours… d’autres regrets… et à votre insuffisance… d’autres viendront s’ajouter car je ne suis pas de ce monde et mon pèlerinage ne trouvera pas de sanctuaire promesses avortées, vous seules pouviez posséder le secret de mon mal mais vous n’êtes jamais nées et au lieu de vous insulter je vous rends grâces monde ridicule qui m’a repoussé ce n’est pas toi qui me manque… Ô viennent l’allongement éternel… la grande raideur dessous les paupières closes !
BLIDA, 1936 (février).