French poem
J’ai su la vérité, j’ai vu tout ce qui passe
J’ai su la vérité, j’ai vu tout ce qui passe, Le jour où ton corps mort ne t’a plus contenu ; Mes yeux avec dégoût ont mesuré l’espace, Rien ne m’était formel, je n’ai rien reconnu.
J’ai méprisé le sang, l’honneur, l’amour, la gloire, Les passions brillant du diamant des mots ; Mon esprit a rampé dans ta demeure noire. Plus qu’un lépreux son corps, j’ai contemplé mes maux.
Me détournant de tout, j’ai choisi pour sentence, Pour confrontation, pour loi, pour fixité, Le peu de sol couvrant ta froide inexistence, Dans l’innommable lieu où tout est arrêté.
Pour n’être pas mêlée à ton funèbre somme, À jamais ma raison se dédaigne et se hait. J’ai quitté, pour te suivre en ton séjour muet, Les liens par lesquels l’homme est frère de l’homme.
— Je vis, mais mon mépris d’être vivante est tel Que partout je ne vois que mascarade amère ; Aucune pauvreté, aucun débris d’autel Ne peut se comparer au sens de l’éphémère Qui remplace en mon cœur le goût de l’éternel…
More by Anna de Noailles
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