French poem
Les Animaux
Dieux gardiens des troupeaux qui tenez des houlettes Rendez-nous l’innocence ancestrale des bêtes ;
Afin que nous ayons l’endurance des maux, Donnez-nous la douceur des sobres animaux.
— Faites que nous ayons dans nos peines insignes L’isolement muet et le dédain des cygnes ;
Donnez-nous pour souffrir le destin hasardeux L’indolence soumise et distraite des bœufs ;
Faites que notre cœur où l’enfance se fane Ait la gaîté robuste et la candeur de l’âne ;
Donnez-nous pour lutter contre les serments faux La défiance adroite et vive des oiseaux ;
Faites que nous ayons pour honorer nos veilles L’activité joyeuse et grave des abeilles ;
Donnez-nous pour calmer nos désirs et nos goûts L’insensibilité profonde des hiboux,
Et, dans les jours cruels où la raison divague, Le calme des poissons arrêtés sur les vagues ;
Faites que nous gardions le sens mystérieux De l’infini qui dort dans le fond de leurs yeux,
— Et délivrez nos corps, misérables en somme, De l’âme glorieuse et maudite de l’homme !