French poem
Les Culs gelés
by Aristide Bruant (1851–1925)
Bon Dieu !… V’là l’hiver !… Et pis mince !… Et pis qu’ça souffle !… Et pis qu’ça pince !… Les purotins sont désolés. Le vent gicle sous les jaquettes Et va mordre, sous les liquettes, Les pauv’ culs g’lés.
Et pis, v’là la neig’qui s’en mêle !… Et pis du givre !… Et pis d’la grêle !… On march’ sur des glaçons pilés… Ils ont l’nez rouge et les mains gourdes Et du frio plein les esgourdes, Les pauv’ culs g’lés.
Le soir, quand les fontain’s Wallace Et les ruisseaux sont à la glace, I’ r’gard’nt passer les gens calés Engoncés dans des bath pelures… Pendant qu’i’s attrap’nt des eng’lures. Les pauv’ culs g’lés.
I’s s’les roul’nt pas dans des étoiles Eux autr’… Ils n’ont qu’des philosophes Ou des ripatons éculés… Et, les pieds nus dans leurs savates, Ils ont toujours l’onglée aux pattes, Les pauv’ culs g’lés.
I’s sont des centain’ et des mille, Sans culotte… sans domicile… Perdus sous les cieux étoilés, Courbés en deux… les coud’ aux hanches, Qui vont comm’ ça, dans les nuits blanches, Les pauv’ culs g’lés.