French poem
Amours posthumes
by Armand Silvestre (1837–1901)
Quand j’irai dormir sous les saules Où, dans l’ombre, tu m’attendras, J’enfermerai dans mes deux bras Ta tête blonde et tes épaules. Nous serons deux morts amoureux Et nos baisers, parmi les herbes, Feront croître des lis superbes Mêlant leurs calices peureux.
Nos os frémiront d’allégresse, La terre ayant brûlé nos chairs, Et leurs embrassements plus chers Nous fondront dans une caresse. Leurs tronçons brisés se noueront En des étreintes éperdues, Et, sous les racines tordues, De plus près ils s’enlaceront.
La ruine viendra tout entière, La terre ayant brûlé nos os ; Et, comme les nids sans oiseaux, Nous nous en irons en poussière. Mais, de nos cendres, montera L’ivresse aux langueurs infinies D’être, enfin, de si près unies Que le néant les confondra !