French poem
Exil
by Armand Silvestre (1837–1901)
Je sais une maison fleurie D’où mon cœur n’est pas revenu, Et qui m’est comme une patrie Où l’exil m’a fait inconnu.
Comme une feuille au vent fanée, À son seuil de lierre jeté, En n’y restant qu’une journée J’y laissai mon éternité.
Car mon rêve, au lierre fidèle Mêlant mon âme, a suspendu Au doux toit qui me parle d’elle L’ombre de mon amour perdu.
Sitôt que son aile m’emporte, C’est pour y ramener mes pas, Et je revois la chère porte Qui sur moi ne se rouvre pas ;
Le jardin tout plein de lumière Où montait sur les cieux pâlis L’orgueil de la rose trémière Dominant la candeur des lys ;
Et, debout au fond de l’allée De chênes aux feuillages lourds Le vieux mur où la giroflée Posait ses rouilles de velours !