French poem
L’Éducation de Bacchus
by Armand Silvestre (1837–1901)
Le chant de la syrinx aux cymbales mêlée Monte du bois profond cher aux faunes cornus, Et des filles d’Hellas la troupe échevelée Aux fraîcheurs des gazons égare ses pieds nus. Sur leur bouche vermeille et leurs épaules blanches S’épanouit l’honneur d’un éternel printemps, Cependant, qu’en fruits d’or, l’Automne rit aux branches, Ensanglantant les bras lassés des ceps flottants. — Dans un taillis très clair, au bord d’une fontaine, Près d’un enfant debout, les porteurs de pipeaux, Posant le buis troué sur sa lèvre incertaine, Lui montrent l’art sacré d’appeler les troupeaux, De déployer au vent les ailes de la danse Et de chanter l’Amour en rythmes languissants. Les nymphes, de leur doigt, lui marquant la cadence, Goûtent une langueur secrète à ses accents. Sur le sable, tout près, la panthère charmée De ses yeux étoilés laisse mourir l’éclair Et, sous l’adieu du jour, la nature pâmée Boit une ivresse étrange aux caresses de l’air. — C’est que l’enfant chanteur, sur sa flûte sonore, Dit la terre domptée et les hommes vaincus Par les vignes de feu dont Thrace s’honore Et que cet immortel est le divin Bacchus !