French poem
Le Christ
by Armand Silvestre (1837–1901)
Le Christ est étendu rigide et sans haleine. Mais où donc est Marie ? où donc est Madeleine Consolant du Dieu mort les vestiges défunts, L’une avec des sanglots, l’autre avec des parfums ? Où donc est ce Joseph venu d’Arimathie Pour conserver un temple à cette âme partie, En répandant des fleurs sur ce corps embaumé ? Où donc est Pierre ? où donc est Jean le bien-aimé ? La solitude a mis, étant vite venue, Son grand linceul d’oubli sur la dépouille nue De celui qu’attendait le réveil immortel, Et cette pierre aride est son unique autel. Voilà la sépulture amère que t’ont faite Les élus de ton rêve, ô Sauveur, ô prophète, Ô toi qui parcourais le terrestre chemin, Un agneau sur l’épaule et des lis dans la main ! Faut-il que l’on te plaigne ou bien que l’on t’envie, Toi qui, pour des ingrats, donnas ta noble vie ? Aux plus humbles de nous la mort te fait pareil. Tu ne reverras plus, dans le tiède soleil, Passer le spectre blanc de la Samaritaine, Ni la femme adultère au bord de la fontaine ; Et nos sœurs pleureront durant l’éternité Celui qui pardonnait à leur fragilité !