French poem
Sérénade mélancolique
by Armand Silvestre (1837–1901)
Viens entendre sous la feuillée La dernière chanson des nids Et les murmures infinis De la forêt ensommeillée. Tout se taira dans un instant, Sous la grande aile du silence Qui, dans l’air tiède encor, balance Des doux rêves l’essaim flottant.
— Dans la brise qui pleure, Ô mon amour, Écoute passer l’heure Où fuit le jour !
Viens t’enivrer, dans la prairie ; Du dernier parfum de ses fleurs. Quand l’Aube y posera ses pleurs Plus d’une, hélas ! sera flétrie, Sur l’herbe où l’insecte s’endort Quand aux cieux s’ouvrent les étoiles L’ombre étend ses premières toiles, Se referment les boutons d’or.
— Au versant de la plaine Où vient la nuit, Respire encore l’haleine Du jour qui fuit ! Viens contempler dans la vallée Le dernier éclat du couchant. La lune, à l’horizon penchant, De blanches vapeurs est voilée ; Et parmi l’extase du soir, On dirait qu’au bord de la nue Une main divine est venue Allumer un large encensoir.
— Regarde, bien-aimée, Au ciel lointain, Remonter la fumée Du jour éteint !