Versos French Auguste Angellier Le Secret de l’Opale

French poem

Le Secret de l’Opale

by (1848–1911)

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GLINIS

Qu’as-tu donc à tourner cette bague en tes doigts ? J’ai passé par ici, ce matin, plusieurs fois,

Tes yeux étaient si pris que tu ne m’as pas vue ! Ne crois pas tout au moins que je fusse déçue ! Mais, depuis si longtemps, dis-moi ce que tu fais, Sous ces fixes regards et que rien n’a distraits, A tourner ce bijou dans ta main attentive. Quel secret cherches-tu ? Quel problème s’esquive Que ton esprit déçu s’évertue à saisir ? Peut-être as-tu perdu l’effort de réfléchir. …………..

CALLICLÈS

Je suis depuis longtemps intrigué par l’opale, L’énigmatique opale : un mystère s’exhale De la pierre, et, flottant sur elle, la défend : La lentille qui perce et le ciseau qui fend, L’acide qui dissout, le creuset qui consume Ne savent la tenir ; le marteau, sur l’enclume, L’écrase sans pouvoir plus que l’anéantir. Elle trouble et confond l’œil qui veut la saisir, On ne sait si l’éclat qui luit et qui s’efface Sort de sa profondeur ou naît à sa surface ; On ne sait quand il naît, on ne sait quand il meurt. Tous les autres bijoux ont leur propre couleur, Ils la gardent alors que notre main les bouge : Le saphir reste bleu, le rubis reste rouge, L’émeraude a son vert, la topaze a son or, L’azur de la turquoise est immobile et dort, Le grenat se repose en sa clarté vineuse. De son violet doux l’améthyste est heureuse, Le diamant est clair, verdâtre le béryl ; Et si quelque rayon plus rapide et subtil, Entrant dans ces bijoux, s’y brise et les fait vivre, Ce n’est qu’une couleur qui de lumière est ivre, Et s’ébat en éclairs qui lui sont ressemblans.

L’opale est infinie en ses reflets troublans : Elle unit les beautés des autres pierreries, Elle les prend en elle, intactes ou meurtries, Elle broie, elle rompt leurs reflets, leurs éclats,

Les mélange au sablon pailleté des micas, A des poudres de perle et de nacre écrasées, A des poussières d’or, des ondes irisées. Je ne sais quel rayon laiteux et palpitant La pénètre, l’entoure, et tout à coup s’ouvrant D’un trait d’autant plus vif qu’on ne sait où l’attendre, La montre en ses splendeurs pour bientôt la reprendre, L’entraîner dans des fonds d’azur, d’iris et d’or, La rapprocher un peu pour la voiler encor, Si bien que le trésor qu’il éloigne ou ramène Bat comme une adorable et merveilleuse haleine.

Non seulement elle a, pour mouvoir ses splendeurs, Le recul infini d’étranges profondeurs, Mais, sur le champ toujours muant de sa surface, Un flot de chatoîmens, un fleuve roule et passe En glissée innombrable, allant on ne sait où, Puisque l’œil ne peut pas le suivre jusqu’au bout, Venant on ne sait d’où, car nul n’atteint la source Lointaine, inaccessible où commence sa course ! Et cet étroit joyau, comme il paraît sans fond, Est dans son cercle d’or plus grand qu’un horizon. Inépuisable pierre, ô merveille, prodige ! Quel œil peut voir passer, sans sentir de vertige, Croisés, superposés en renaissans accords Tes torrens de reflets, tes cataractes d’ors ? O trésor de trésors ! Pullulement de gemmes ! Capable, en un instant, d’orner les diadèmes De tous les empereurs, les potentats, les rois Qui vécurent jamais — et de parer vos doigts, Vos poitrines, vos cols, courtisanes et reines Dont, à travers les temps, les beautés souveraines Aimèrent resplendir sous un poids de bijoux !

Mais en outre elle est bonne, elle vient jusqu’à nous, Son éclat est intime et douce sa caresse ; On dirait qu’elle sente et qu’elle reconnaisse La douceur de la main qui la choie, et des yeux Qui préfèrent en elle aux gloires de ses feux Le cœur presque attristé qui l’émeut, et son rêve

Suave et délicat que chaque instant enlève, Ce rêve de rosée et dont l’enchantement Renaît dans un si pur et si beau tremblement Qu’il semble dévider un arc-en-ciel immense. Me suis-tu ?

GLINIS

Je te suis ! Et mon respect commence.

CALLICLÈS

N’est-elle pas la pierre aussi des voluptés ? Quelle autre a ces désirs, ces éclats exaltés Qui meurent en langueurs, en pâleurs, en extase ? Un chaud frissonnement de passion l’embrase, La suffuse de pourpre et la fait haleter D’un transport trop intense et lourd à supporter ; Et ses félicités brûlantes, somptueuses, S’alanguissent bientôt en des blancheurs laiteuses Où de pâles azurs, d’inexprimables verts, Des mauves tels que seuls en ont les hauts éthers Dans leur chaste froideur prennent sa défaillance. Son bref, son expirant délice s’y fiance A la mélancolie attristée. Et sais-tu Un symbole plus beau du désir éperdu Qui dans nos cœurs humains se résout en angoisse ? Mais les Dieux ont voulu qu’un autre désir croisse Sur les pas de celui qui s’éloigne épuisé ; L’opale, ranimant son éclat apaisé, Palpite de nouveau de cette double transe Faite de lassitude et de magnificence. Ah ! ceux qui sont épris de l’invincible émoi, Les amans, peuvent bien la porter à leur doigt, La pierre de regrets aussi beaux que ses fêtes, Pierre des voluptés toujours insatisfaites ! …………..

GLINIS

Ma pensée à te suivre a perdu sa sandale.

CALLICLÈS

Je cherche à découvrir le secret de l’opale !

GLINIS

Par les Dieux !

CALLICLÈS

Oui, je veux trouver comment, pourquoi L’énigmatique pierre entretient son émoi, Ce qui la fait briller, muer, pâlir, s’éteindre Mille fois à la fois ! Oui ! j’ai juré d’atteindre, Sous ce monde d’éclats, le germe initial, Le central, le suprême et l’intime cristal, Le cœur mystérieux qui supplée et gouverne, Qui tantôt illumine et qui tantôt consterne Sa vie infiniment et toujours en travail, Ce qui fait une chair de son lucide émail ! Je veux savoir où vont ses reflets, vers quelle ombre ! Je veux fixer le point où ses réseaux sans nombre Superposés, confus, mêlés, entre-croisés, Apparaissent en un. système organisés ! Je veux la pénétrer ! — J’en ai cassé plus d’une, J’ai vu sous mes marteaux le bris d’une fortune ! En vain ! car je n’ai rien découvert jusqu’ici, Leurs fragmens sont muets, et je n’ai réussi Qu’à rompre des faisceaux merveilleux de nuances, Et dans leurs débris morts mouraient mes espérances ! J’en ai jeté parfois aux pilons des mortiers, Ou, cherchant par ailleurs, durant des jours entiers, Croyant toujours trouver la minute opportune, Dans des rais de soleil et dans des rais de lune, J’en ai tourné, j’en ai roulé sous mon regard.

Mais je n’ai point encore amené le hasard Qui livrerait le nœud d’accord et de concorde, Comme un musicien sait l’endroit de la corde Qui produit en vibrant tout un son dont les flots Grandissent et qu’il suit jusque dans leurs échos. J’ai, ce matin, tenu cette pierre exposée Au premier des rayons qui changent la rosée En joyaux presque aussi beaux qu’elle, et maintenant Le trait d’ombre fait suite au style du cadran ; Je n’ai point détaché ni relâché ma vue D’épier cet éclair de rencontre perdue Au milieu de milliers, de millions d’aspects !

GLINIS

Sois sûr qu’à ta constance iront tous les respects ! Et le mien le premier mènera le cortège ! Mais tu devras prier qu’Esculape protège Tes regards coutumiers d’un tout autre travail ! Tu vas — Vénus t’en garde ! — en obscurcir l’émail, En ternir la fraîcheur, en flétrir la caresse, En alourdir le jeu, la grâce et la souplesse ; Et que diront alors celles dont les beaux yeux Ne sont jamais si beaux qu’en se fixant sur eux ?

CALLICLÈS

Oui ! de l’effort terrible auquel je le consacre Mon regard s’éblouit : des flottemens de nacrer Des poudroîmens d’argent et d’or et de saphir, Qui viennent l’un dans l’autre éclater et mourir, Des apparitions pâles d’aigues-marines, Des gouttes de grenats, des grains de cornalines, Des ruissellemens clairs, variables, subtils De rubis, de lapis et de chrysobérils, L’onde des périgots épandue à pleins vases, Les brésillemens brefs et les feux des topazes, Se compliquant l’un l’autre en reflets transparens, A la même seconde unis et différens, Pressés, multipliés, croisés par myriades,

En ruisseaux, en remous, en vagues, en cascades, Dansant dans les rayons réfractés du soleil, Ont rempli mes deux yeux d’un tourbillon vermeil. Je ferme en vain sur eux mes paupières meurtries, Un flagellement fou, brûlant, de pierreries Bat à coups lumineux les parois de mon front. Je ne puis, par aucun effort de ma raison, Eteindre cette énorme et douloureuse opale Qui remplit de son feu la voûte cérébrale Où doivent résider les ténèbres du Moi ! Et c’est presque un supplice ! Et je tremble d’effroi ! Quelquefois ces clartés, leurs remous, leurs tempêtes Çà et là prennent vie et deviennent des bêtes, Des paons prestigieux, des serpens ocellés, Des lézards, des poissons ; tordus, entremêlés, Ils se mangent entre eux, ils échangent leurs formes, En entrelacemens, en grouillemens énormes Gagnent de plus en plus comme un affreux levain. Mon cerveau convulsé par leur avance est plein Des enchevêtremens, des conflits, des batailles De ces monstres luisant de plumes et d’écailles, S’exterminant dans un massacre renaissant Où toutes leurs splendeurs sont suintantes de sang. Je voudrais repousser l’abominable vue ; J’étends la main, ma main plus loin qu’elle est tendue ! Alors tout disparaît, tout devient de la nuit, Où trône un monstre dur dont le regard me suit, Un sphinx noir dont chaque œil est une grande opale. Un flot froid de sueur court sur ma face pâle. J’ai beau mettre mes mains sur mes yeux, et crier ! Il est en moi ! J’ai peur ! J’ai peur ! Je veux prier Les Dieux sauveurs du Jour ! Je ne puis pas ! Je tremble ! Et le sphinx noir et moi, précipités ensemble, Dans un choc effrayant qui détache ses yeux, Nous tombons, nous tombons au gouffre ténébreux Où l’on ne sait plus rien, pas même l’épouvante !

Même à présent, l’effroi de ces instans me hante ! Vers leur vertige obscur je me sens attiré, Je sens les premiers bonds de mon cœur effaré !

THRASYLLOS

Pour ôter tout prétexte à ta maussaderie, Ecoute en regardant, regarde en écoutant, Fais les deux, soit ensemble ou bien en alternant ; C’est un jeu plus facile et de fatigue moindre Que de vouloir, ainsi que tu le fais, disjoindre L’éclat de la couleur, la couleur du reflet, Et diviser le beau qui n’est beau que complet : Ainsi tu pourras mieux supporter ma franchise !

D’abord il est de triple ou quadruple sottise De vouloir ramener le plaisir au savoir, De prétendre toucher ce qu’il est doux de voir ! Croire qu’un trait de grâce ou de beauté s’explique Par un unique fait qu’exprime un mot unique. C’est n’avoir point compris que d’infinis accords Arrivent s’ajuster dans un geste du corps, Qui viennent du profond des siècles et des races ; Qu’un seul point de beauté tient à tous les espaces, Et qu’à sa fine aiguille aboutit l’univers. Si tu veux te plonger aux abîmes ouverts Qui sont sous un regard, un accent, un sourire, Dans l’abîme sur qui se clôt ce qu’on admire, Tu te disperseras jusqu’au chaos premier, Et ne retrouveras ton être coutumier Qu’à la surface mince et cependant immense Sous qui l’incertitude et la chute commence.

Si ton opale est belle — et je crois qu’il en fut Rarement d’un éclat plus riche et plus touffu — Admire-la, que dis-je ? aime-la pour sa grâce, Suave d’autant plus qu’elle naît et s’efface Du même mouvement qui l’appelle et l’éteint ! Chéris-la d’être ainsi ! Tout autre effort est vain ! Renonce à rechercher ou le cristal ou l’angle Où tout est, la formule imparfaite qui sangle Aux lanières des mots ce qui tient tout un ciel. Et comme les parfums des fleurs sont dans le miel, Les vents dans les parfums, dans les vents les collines, Les bois, les océans et les lignes divines Qui descendent vers nous des bornes de l’éther, Si bien que le rayon sur notre table ouvert Laisse couler un peu de la somme des choses, De même les lueurs dans ton opale encloses Contiennent l’incendie antique où s’est formé Le monde qui par lui reste encor animé. De l’arôme d’un miel, de l’éclat d’une pierre, Rien, sans les abolir, ne se saurait abstraire. Le gauche et minuscule outil des sens humains Ne fait que tâtonner au bord d’eux, et nos mains, A saisir ce qu’ils ont de subtil maladroites, Sont aussi pour tenir leur grandeur trop étroites. Et c’est pourquoi l’effort où tu brûles tes yeux Est absurde, infécond, vide et pernicieux, Il est présomptueux, fantasque et frénétique. Et c’est de l’hellébore appuyé de colchique Qu’il faudra te donner pour guérir ta raison. Allons ! cache l’opale et rentre à ta maison ! Egorge quelques coqs sur l’autel d’Esculape. Je gage qu’il faudra du temps pour que Priape Ait lieu de se montrer favorable à tes vœux !

CALLICLÈS

Va ton chemin, railleur !… …………..

GLINIS

Laisse-le, Thrasyllos, et comprends qu’il soit triste ! Il sied au cœur de l’être alors qu’il se désiste D’un rêve, d’un amour, d’un espoir, d’un effort Dont l’abandonnement contient un peu de mort. Son désir après tout n’était pas sans noblesse, Ni sans un sens profond qui se nomme sagesse Quand il est exercé par de plus hauts esprits. Dans ce bijou que couvre un ongle, il s’est épris De ce même problème où toutes les pensées, Par un même besoin universel poussées, Celles des plus obscurs, des plus grands, des meilleurs, S’aventurent parfois sur l’ordre de nos cœurs. Chacun veut arriver au fond de ce qu’il aime, Nul ne peut consentir à n’avoir que l’emblème De l’être ou de l’objet qu’il cherche à posséder, Plus loin que l’apparence on voudrait regarder, Et c’est le grand tourment des tendresses humaines De se pencher au bord d’inscrutables fontaines D’où s’écoule un peu d’eau sur un caillou moussu, Mais dont l’abîme obscur s’enfonce inaperçu. Et n’avons-nous pas tous laissé tomber des larmes, Dans ce gouffre effrayant où même nos alarmes, Nos soupçons, ne pouvaient descendre jusqu’au fond ! C’est ce qui s’est passé, Thrasyllos, sous son front ! Et cela n’est-il pas assez pour le défendre ?

Et même il pressentait, sans très bien le comprendre, Je ne sais quoi de grand que son futile jeu Tentait à son insu ! Ceux qui trouvèrent Dieu, Qu’ont-ils fait, Thrasyllos, que de chercher une âme À ce grand tourbillon de lumière et de flamme Dont nous voyons changer l’aspect et les éclats ? De cet essai puissant si les uns restent las, D’autres sont demeurés et demeurent encore Hors de tout, attendant l’heure qui doit déclore Le suprême secret dans la suprême loi ; De leur extase ardente ils ont fait une foi ;

Ou, drapant aux couleurs de diverses étoffes, Selon qu’ils sont savans, poètes, philosophes, Leur rêve et leur désir que ce rêve soit vrai, Ils ont, vers des instans plus solennels, soustrait L’homme aux travaux bornés, aux tâches passagères Dont il doit acheter les douceurs mensongères Que demain et demain emmènent devant lui, Ou payer sur-le-champ les besoins d’aujourd’hui. Leur recherche impossible et constamment déçue, Dans son long insuccès reste la seule issue Hors de la grotte étroite et froide où les instans Passent en ruisselets peureux et sanglotans Dont tout le mouvement est l’appel de leur chute. Dans un être qui n’est jamais qu’une minute Ils ont mis des pensers, tout à coup entrouverts, Qui dévorent le Temps et pèsent l’Univers ; Et notre esprit haussé se croit, quand il retombe, Meilleur que son destin et trop grand pour sa tombe. S’ils n’ont rien trouvé d’autre, ils ont du moins trouvé L’orgueil et la grandeur de ce qu’ils ont rêvé. Et peut-être, après tout, que le même problème Tient en un groupement de cristaux qu’au système Où des astres lointains s’équilibrent entre eux, Et qu’il avait raison lorsqu’il parlait de cieux Dans l’entre-croisement des rayons de sa pierre. C’est pourquoi, Thrasyllos, ne lui sois point sévère. Comprends ce qu’il cherchait, ne le tiens pas pour fou Parce qu’il voyait tant en un menu caillou ; Ou plutôt, il n’est pas plus dément que les autres, Et je connais les noms de sages et d’apôtres Illustres pour des jeux qui s’égalent au sien.

THRASYLLOS

Je le crois volontiers ! — Où donc a fui mon chien ? Arrive ici, Phylax ! et regarde ton maître ! Éprouvas-tu jamais le besoin de connaître L’âme, le fond, la loi de l’être à qui tu dois Des caresses, ton pain et le fouet quelquefois ? Sauter autour de moi n’est pas une réponse !

Advient-il que ton brave esprit de chien renonce Au plaisir d’accourir vers moi dans le jardin, Au bonheur de sentir ta tête dans ma main, Ou de dormir le cou sur mon pied immobile, A tout ce que ton âme ingénue et docile Peut recevoir de joie et de contentement, Parce qu’il reste au seuil et au commencement De l’homme interminable et profond que je traîne, Et qui contient en lui toute la race humaine, La terre, le soleil, l’univers et les temps, Que mes arrière-plans te semblent trop distans ? Eh bien ! que réponds-tu ? — Tu veux une caresse ? Seule ma main passant sur ton dos t’intéresse, Et ton bon œil quêteur cherche à tirer du mien Le regard amical, que doit suivre, ô mon chien, Ton nom dit d’une voix que tu devines tendre. C’est là le seul bonheur à quoi tu veux prétendre ? Le voici ! C’est assez ! Allons ! Veux-tu finir ! Oui ! C’est un très beau chien ! Maintenant, va courir ! Attrape ces pigeons qui gloussent sur la route, Ou bien vas aboyer à la vache qui broute Et qui te montrera, pour jouer avec toi, Les cornes de son front, en feignant de l’effroi. Tu vois, il est joyeux ! De ce que je lui donne Il se contente et vit ; pour lui, la vie est bonne. Il est, en vérité, plus sage que nous tous, Plus sage et plus heureux, et seuls ses bonds sont fous. Il aime à l’épaisseur de ce qu’il peut connaître. Mais nous, notre savoir se tourmente et pénètre Plus loin que ne saurait avancer notre amour. C’est pourquoi celui-ci se voit chétif et court, Il devient anxieux, défiant de lui-même, Tremblant de se sentir perdu dans un problème, Lui qui doit régner seul, et veut être une foi !

Et c’est une leçon que j’ai faite pour toi. …………..

AUGUSTE ANGELLIER.