French poem
03 (Si l’on savait la vie…)
by Auguste Barbier (1805–1882)
Si l’on savait la vie Du pauvre charbonnier, Plus d’un aurait envie Peut-être du métier, Et dirait : Gai la vie Du charbonnier !
Notre hutte est petite, Toute de rameaux frais ; Mais celui, qui l’habite Y trouve des attraits, Un bon lit de fougère, Puis un cruchon de vin, Pour rendre plus légère La tâche du matin.
Le matin, la fauvette Nous sonne le réveil ; En nos mains la serpette Joue aux feux du soleil. Quand nous taillons la soupe, C’est au chant des oiseaux Qui descendent en troupe Partager les morceaux.
La nuit, quand tout repose Au fond de la forêt, À l’entour du feu rose Qui luit sous le cotret, On fume et puis l’on chante, Et le sommeil vous prend, Toujours l’âme contente Et d’amour rêvassant.
Si notre face est noire, Notre cœur ne l’est pas ; Maint pauvre homme a mémoire De nos humbles repas. Par la nuit et l’orage Que de piétons surpris Sous nos toits de feuillage Ont trouvé des abris !
Si l’on savait la vie Du pauvre charbonnier, Plus d’un aurait envie Peut-être du métier, Et dirait : Gai la vie Du charbonnier !
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