French poem
La Forêt coupée
by Auguste Lacaussade (1815–1897)
La forêt est coupée. Adieu, nobles ramures, Bois sacrés que la brise emplissait de murmures ! L’oiseau n’a plus son nid sous vos dômes touffus ; Le fleuve dans ses eaux ne vous réfléchit plus.
Contre l’ardent soleil plus d’ombre hospitalière ; L’herbe abonde où passa la hache meurtrière. Vieux amis, leurs grands corps sont couchés à mes pieds ! Ce fut un arbre en fleur, ce tronc où je m’assieds !
Là-bas, sur la montagne aux retraites ombreuses, Nos ramiers ont porté leurs plaintes langoureuses ; Le joyeux merle a fui ; tout se tait : — nulle voix Ne redit pour mon cœur la chanson d’autrefois.
Brises qui sur mon front jouiez avec la feuille, Vert silence des bois où l’âme se recueille, Abris mystérieux à mes rêves connus, O mes premiers amis ! qu’êtes-vous devenus ?
Comme vous, bois sacrés, couché dans la poussière, De l’herbe sur mon sein, sous ma tête une pierre, Bientôt je dormirai ! — mais, plein des jours passés, Qui me rendra les pleurs que sur vous j’ai versés ?
Qu’importe ! Hâtez-vous, fugitives années ! Hâtez-vous ! l’heure est vide et mes fleurs sont fanées. Pourquoi, tombeau vivant, survivre à ses beaux jours ? Mon cœur est le sépulcre où dorment mes amours.
Imité de Cowper.