French poem
Dans l’herbe
by Charles Coran (1814–1901)
Par un bienfait des destinées, D’accord avec ma grand’ maman, J’ai vécu mes jeunes années Sur le pâtis de l’Isle-Adam.
J’ai poussé dans de l’herbe folle, Comme un modeste liseron. Je gaminais, après l’école, Avec le trèfle & le mouron.
Quand je partis pour le collége, Les moindres brins, mes chers amis, Semblaient me plaindre. Où donc allais-je ? Où le gazon n’est guère admis.
Depuis lors j’ai couru le monde, J’ai rendu mon sort orageux. Ah ! que ma course vagabonde M’a conduit loin des premiers jeux !
Après quarante ans de tumulte, Rassasié d’heur & malheur, Je renais doucement au culte Des pâtis dont l’herbe est en fleur.
Dès qu’un regret me décourage, Mon ennui prend la clef des champs ; Je m’en vais dans un pâturage Retrouver mes premiers penchants.
Je m’étends parmi les fleurettes ; Les petits bouquets tout joyeux Dressent leurs pompons, leurs aigrettes, Pour me regarder dans les yeux.
Ces bonnes gens de l’humble flore Semblent m’appeler par mon nom ; Car chacun se souvient encore De m’avoir eu pour compagnon.
Camarades de mon enfance, Ô vous qui me reconnaissez ! Brins d’herbe, prenez ma défense Contre l’ennui des jours passés.