French poem
L’Amour anacréontique
by Charles Coran (1814–1901)
Eh quoi ! votre printemps sourit à mon automne, Y pensez-vous, jeune beauté ! J’ai l’âge où les ardeurs ont besoin d’une tonne ; Il faut à boire à ma gaîté.
Coupe en main, vous plaît-il de me servir l’ivresse ? Complotez donc avec le vin. Osez dans le breuvage infuser la maîtresse ; Je vous devrai le feu divin.
D’abord me préparant des vendanges vermeilles, Secondez la chaleur des cieux : Rivale du soleil, surveillez l’or des treilles, Que les fruits gonflent sous vos yeux.
Puis de vos blondes mains, sous les jaunes ramures, Cueillez vous-même, & grain à grain ; De vos doigts effilés, touchez aux rondeurs mûres, Comme aux perles de votre écrin.
Et soulevant les plis de la jupe en révolte, Plus qu’à mi-jambe retenus, Dans la cuve foulez la juteuse récolte, En bacchante, avec des pieds nus.
Que ma coupe soit belle à l’heure où le vin coule ! A vous d’en donner le dessin. Qu’un métal assoupli discrètement la moule Sur le galbe de votre sein.
Avant de me l’offrir, que votre lèvre y touche ! Pour qu’en m’abreuvant à longs traits, Je baise humide encor l’endroit de votre bouche Sur la forme de vos attraits.
Ivre alors, j’oublierai que mes cheveux grisonnent ; Je serai vieux, comme à Téos Le sage Anacréon, dont les vers déraisonnent Pour avoir bu le vin d’Éros.