Versos French Charles de Saint-Évremond À la duchesse Mazarin (« Quand je songe au respect que j’eus toujours pour vous »)

French poem

À la duchesse Mazarin (« Quand je songe au respect que j’eus toujours pour vous »)

by (1613–1703)

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Quand je songe au respect que j’eus toujours pour vous, Je ne puis deviner d’où vient votre courroux : Qu’ai-je fait ? Qu’ai-je dit ? Quel peut être le crime Qui contre un serviteur fidèle vous anime ? Autrefois, j’étois caressé, Vous me consultiez sur l’étude ; Maintenant votre esprit blessé, Vous fait dire d’un ton bien rude : « Allez, allez à d’autres gens Porter Honnête homme et bon sens : Jargon aux François ordinaire, Que les savants n’approuvent guère ; Allez, avec votre fausset, Chanter les airs du vieux Boisset ; Et lorsque vous serez à table, Plus dégoûté que délicat, Ne voyez servir aucun plat, Que vous ne trouviez détestable ; Ou dont vous ne mangiez au moins à contre-cœur, Si l’on n’en mangeoit pas chez votre commandeur. Puissiez-vous conserver, pour votre pénitence, Toujours le goût françois, sans jamais être en France ! » Surpris du mauvais traitement, Je cherchois inutilement Ce qui m’attiroit tant d’injure ; Lorsqu’à la fin, par aventure, M’étant tourné vers un miroir, Où loupe et rides se font voir, Où j’ai peine à souffrir moi-même mon image, Je me suis dit avec douleur : On n’est point innocent avec un vieux visage, Dont les traits effacés font peur. Vieillard, ne cherche pas ton crime davantage !