French poem
À M. le chevalier de Grammont
by Charles de Saint-Évremond (1613–1703)
Il n’est qu’un chevalier au monde ; Et que ceux de la Table ronde, Que les plus fameux aux tournois, Aux aventures, aux exploits, Me pardonnent, si je les quitte Pour chanter un nouveau mérite ! C’est celui qu’on vit à la cour, Jadis si galant sans amour ; Le même qui sut à Bruxelles, Comme ici, plaire aux demoiselles, Gagner tout l’argent des maris, Et puis revenir à Paris, Ayant couru toute la terre, Dans le jeu, l’amour et la guerre ; Insolent en prospérité, Fort courtois en nécessité : L’âme en fortune libérale, Aux créanciers pas trop loyale : Qui n’a changé, ni changera, Et seul au monde qu’on verra Soutenir la blanche vieillesse Comme il a passé la jeunesse. Rare merveille de nos jours ! N’étoient vos trop longues amours ; N’étoit la sincère tendresse Dont vous aimez votre princesse ; N’étoit qu’ici les beaux désirs Vous font pousser de vrais soupirs ; Et qu’enfin vous quittez pour elle Votre mérite d’infidèle ; Cher et parfait original, Vous n’auriez jamais eu d’égal ! Il est des héros pour la guerre, Mille grands hommes sur la terre ; Mais, au sens de Saint-Évremond, Rien qu’un chevalier de Grammont ; Et jamais ne sera de vie Plus admirée et moins suivie.
More by Charles de Saint-Évremond
- À la duchesse Mazarin (« Je pensais vous voir à confesse »)
- À la duchesse Mazarin (« Quand je songe au respect que j’eus toujours pour vous »)
- À la duchesse Mazarin, sur la caducité
- À M. Lulli
- À Mlle de Lenclos (« Chère Philis, qu’êtes-vous devenue ? »)
- À Mlle de Lenclos (« Passer quelques heures à lire »)
- Billet à Mme de la Perrine
- Le Cercle