French poem
Musa te defendet
by Charles Gill (1871–1918)
À Albert Lozeau.
Devant l’iniquité du destin qui t’accable, Ton âme, habituée aux lumineux sommets Du royaume de l’Art et de l’Impérissable, Trop fière pour pleurer, triomphe désormais ;
Car les beaux vers font trêve aux désespoirs muets Qui mettent plus de nuit au front du misérable, Les vers harmonieux endorment les regrets, Comme le bruit des flots qui meurent sur le sable…
Ô victime du sort ! regarde l’avenir : Puisque ton cœur chanta, sur ce lit de martyr, Sans connaître jamais l’amertume ou l’envie,
Tu seras défendu par le grand spectre ailé Qui veille en l’infini de l’azur étoilé ; L’Éternité saura te venger de la vie !