French poem
Le Gladiateur mourant
by Charles-Julien Lioult de Chênedollé (1769–1833)
Vain et sanglant jouet de la fureur romaine, Le fier Gladiateur cède et tombe expirant ; Par son glaive trahi, sur l’homicide arène Il repose calme et mourant.
Il ramasse en son cœur sa force réunie, Se penche, et se recueille appuyé sur sa main ; Il consent à la mort, mais domptant l’agonie, Il brave encore le Romain.
Il languit par degrés, et sa tête s’abaisse, Il se sent défaillir ; les gouttes de son sang, Qu’il regarde couler sans crainte et sans faiblesse, Tombent plus lentes de son flanc.
Bientôt la pâle mort sur son front se déploie : Il meurt ; mais sans laisser s’affaiblir son grand cœur ; Il meurt, en entendant tous ces longs cris de joie Que l’on prodigue à son vainqueur.
Il écoute ces cris avec indifférence : La couronne du cirque à ses jeux est sans prix, Et le don de la vie accordé sans vengeance N’exciterait que ses mépris.
Sa pensée est bien loin de ce théâtre horrible ! Il songe à son vieux père accablé par les ans ; Il revoit le Danube, et sous son toit paisible Il a reconnu ses enfants.
Il voit ses jeunes fils jouer près de leur mère : Et lui pourtant, acteur d’un spectacle inhumain, Expire sur le sol d’une rive étrangère, Pour l’amusement d’un Romain !
O forfait ! à ce point l’homme ose outrager l’homme ! Levez-vous ! accourez, fiers barbares du Nord ! De vos fils, égorgés pour les plaisirs de Rome, Venez venger l’indigne mort !