French poem
Ceux qui marchent les yeux à terre
by Charles-Théophile Féret (1858–1928)
Ceux qui marchent les yeux à terre, qu’au tombeau Leurs morts tirent, que ploie une grande injustice ; Ou qui, les yeux perdus aux étoiles, bâtissent Trop haut pour leur essor la chimère du beau ;
Les pleins de rêves qui n’ont rien dans le jabot ; Qui s’arrêtent, un doigt au front, et rebondissent Au plaintif rendez-vous des pâles Eurydices, Ridicules martyrs, hués des chiens clabauds ;
Ceux qui marchent sans voir par la rue importune, Ou collent aux carreaux leurs yeux comme deux lunes, Qui parlent vite et bas, en murmure de flot :
Guette à leur lèvre folle, à leur menton qui saute, Si jaillit leur pauvre secret, par quels sanglots Ils reprochent à Dieu leur génie ou leurs fautes.