French poem
L’Ubiquiste
by Charles-Théophile Féret (1858–1928)
L’Ubiquiste, Messieurs, Mesdames, vous salue. De douze gens j’habite en même temps la peau. Des couleurs de Protée éclate l’oripeau. Et ma forme ondoyante et diverse évolue.
Toute la Compagnie en un seul. Et chacun Peut monter sans façon me toucher sur la scène. En bas, en haut, devant, derrière, je suis UN, Un seul, et cependant cela fait la douzaine.
Je suis l’Époux, l’Épouse, et l’Enfant, et l’Aïeule, La Cocotte, l’Anglais, le Soldat, le Bouffon. Je tiens dans un éclair mille rôles, et seule La boîte de mon corps n’est pas à double fonds.
Mon visage n’a pas de traits, il a des masques. Je n’ai pas d’âge, pas de sexe, pas d’habit. Je suis fait d’une étoffe et d’une chair fantasques, Qu’un art prodigieux sculpte d’un doigt subit.
Assez de mots. Le Dieu qui de ses mains agiles En mon corps de pantin enferme en raccourci Tous les Pierrots, les Colombines, et les Gilles, Déjà tire sur mes ficelles. Le voici.