French poem
La Mort des œillets
by Charles-Théophile Féret (1858–1928)
L’imperceptible rumeur D’une vie ardente exhale Son désir paradoxal En ces œillets qui en meurent.
Fin divine, qui dénoue Deux odorantes paroles : Une âme qui prend son vol, Des fleurs qui brûlent pour nous.
Regarde mourir l’encens Goutte à goutte au bord du verre, Et rougir un peu la chair Au bord de ses confidences.
De trahisons, d’amour vraie, De princesse dans sa tour, Ou de petite pastoure, La fleur emporte un secret.
Toi, respire ici Chloé Concupiscente, mais nice, Qui au baiser de Daphnis Tend sa bouchette collée.
Pour moi, j’évoque Renée Vivien, qu’étouffa Éros Sous les œillets et les roses, Avec son cœur effréné.
À notre néant d’orgueil Siérait tant la mort des fleurs ; Abdiquer tout bas, sans leurre, Au gré du vent qui nous cueille ;
Et renaître à la croisée Des jolies filles de Perth ; Pâmer sous leurs yeux d’eau perse, Et leurs petits nez rosés.
À l’œillet aux tendres joues J’ai cette ode consacrée, Pour revivre en l’air sucré Dans un parterre d’Anjou.