French poem
Pour la tombe d’un poète tué par ses frères
by Charles-Théophile Féret (1858–1928)
Tu foules un poète, ô passant, et, tu vois, Nul laurier n’a pitié de cette tombe obscure. En mémoire du Chant, nul relief ne figure Ou l’orgueilleuse lyre ou l’agreste hautbois.
Cy-gît un cœur vaillant ! Dans cette mâle voix La fierté des aïeux enflait un grand murmure ; Mais sur la Terre-aux-beaux-Vergers la race est dure ; Il mourut sans couronne, et c’est mourir deux fois.
En Christ harmonieux il allait vers ses frères, Mais leur dague a puni l’extase téméraire. Il se tut, son doux lied écrasé sur ses dents.
Ne mesure donc pas son œuvre, mais son âme ; Et si tu veux marquer le crime et l’instrument, Grave sur cette pierre une traîtresse lame.