French poem
Entendit De La Dicte Obligacion
par Maistre Jehan Caillau.
Intendit le nommé Vaillant Qui fait ceste obligation, Vous resigne tout son vaillant, Par simple resignacion; Ne ne fait supplicacion De gueredon, pour mieulx valoir, Fors tout à vostre oppinion, Soubz le scel de vostre vouloir.
Lequel, d'estoc et de taillant. Endure mainte passion D'Amours, qui le vont assaillant; Mais, soubz dissimulacion, Porte sa tribulacion, Faisant semblant de non doloir, Actendant doulce pension, Soubz le scel de vostre vouloir.
Pour ce, ne doit estre faillant A la renumeracion, Car, s'il y estoit deffaillant, Ce serait sa perdicion; Et, par Dieu, si bon champion Ne devez mectre à nonchaloir; Si faictes qu'ait provision, Soubz le scel de vostre vouloir.
L'ENVOY.
J'en parle par compacion, Mais grant bien lui devez vouloir, Puis que met son entencion Soubz le scel de vostre vouloir.
BALADE.
En la forest de longue actente, Chevauchant par divers sentiers, M'en voys, ceste année presente, Ou voyage de desiriers; Devant sont allez mes fourriers, Pour appareiller mon logis En la cité de Destinée, Et, pour mon cueur et moy, ont pris L'ostellerie de Pensée.
Je mene des chevaulx quarente, Et autant pour mes officiers, Voire, par Dieu, plus de soixante, Sans les bagaiges et sommiers. Loger nous fauldra par quartiers, Se les hostelz sont trop petis Touteffoiz pour une vesprée En gré prandray, soit mieulx ou pis, L'ostellerie de Pensée.
Je despens chascun jour ma rente En maints travaulx avanturiers, Dont est Fortune mal contente, Qui soustient contre moy Dangiers; Mais, Espoirs, s'ilz sont droicturiers, Et tiennent ce qui qu'ilz m'ont promis, Je pense faire telle armée, Qu'auray malgré mes ennemis, L'ostellerie de Pensée.
L'ENVOY.
Prince, vray Dieu de paradis, Vostre grace me soit donnée, Telle que trouve à mon devis, L'ostellerie de Pensée.
BALADE.
Je cuide que ce sont nouvelles, J'oy nouveau bruit, et qu'est ce là? Helas! pourroy je savoir d'elles Quelque chose qui me plaira; Car j'ay desiré, longtemps a, Qu'Espoir m'estraynast de liesse, Je ne scay pas qu'il en fera, Le beau menteur plain de promesse.
S'il ne sont ou bonnes ou belles, Au fort, mon cueur endurera, En actendant d'avoir de celles Que Bon eur lui apportera, Et de l'endormye beuvra; De nonchaloir, en sa destresse, Espoir plus ne l'esveillera, Le beau menteur plain de promesse.
Pour ce, mon cueur, se tu me celles Reconfort, quant vers toy vendra, Tu feras mal, car tes querelles J'ay gardées, or y perra; Adviengne qu'avenir pourra! Je suis gouverné par Vieillesse, Qui de legier n'escoutera Le beau menteur plain de promesse.
L'ENVOY.
Ma bouche plus n'en parlera, Raison sera d'elle maistresse; Mais au derrain, blasmé sera Le beau menteur plain de promesse.
BALADE.
N'a pas longtemps qu'escoutoye parler Ung amoureux, qui disoit à s'amye: De mon estat plaise vous ordonner, Sans me laisser ainsi finer ma vie, Je meurs pour vous, je le vous certiffie. Lors respondit, la plaisante aux doulx yeulx, Assez le croy, dont je vous remercie, Que m'aymez bien, et vous encores mieulx,
Il ne fault ja vostre pousse taster, Fievre n'avez que de merencolie, Vostre orine ne aussi regarder, Tost se garist legiere maladie, Medicine devez prendre d'oublie; D'autres ay veu trop pis, en plusieurs lieux, Que vous n'estes, et, pour ce, je vous prie, Que m'aymez bien, et vous encores mieulx.
Je ne vueil pas de ce vous destourber, Que ne m'amiez de vostre courtoisie; Mais que pour moy, doyez mort endurer, De le croire, ce me seroit folie; Pensez de vous, et faictes chiere lye; J'en ay ouy parler assez de tieulx Qui sont tous sains; quoyque point ne desnye Que m'aymez bien, et vous encores mieulx.
L'ENVOY.
Telz beaulx parlers ne sont en compaignie Qu'esbatemens, entre jeunes et vieulx; Contente suis, combien que je m'en rye, Que m'aymez bien, et vous encores mieulx.
BALADE.
Portant harnois rouillé de nonchaloir, Sus monteure foulée de foiblesse, Mal abillé de desireulx vouloir, On m'a croizé, aux montres de liesse, Comme cassé des gaiges de jeunesse; Je ne congnois où je puisse servir, L'arriere ban a fait crier Vieillesse, Las! fauldra il son soudart devenir?
Le bien, que puis avecques elle avoir, N'est que d'un peu d'atrempée sagesse; En lieu de ce, me fauldra recevoir Ennuy, soussy, desplaisir et destresse; Par Dieu! Bon temps, mal me tenez promesse, Vous me deviez contre elle soustenir, Et je voy bien qu'elle sera maistresse, Las! fauldra il son soudart devenir?
Foibles jambes porteront bon vouloir, Puisqu'ainsy est, endurant en humblesse, Prenant confort d'un bien joyeulx espoir, Quant, Dieu mercy, maladie ne presse; Mais loing se tient, et mon corps point ne blesse, C'est ung tresor que doy bien chier tenir, Veu que la fin de menasser ne cesse, Las! fauldra il son soudart devenir?
L'ENVOY.
Prince, je dy que c'est peu de richesse De ce monde, ne de tout son plaisir, La mort depart ce qu'on tient à largesse, Las! fauldra il son soudart devenir?
BALADE.
Dieu vueille sauver ma galée, Qu'ay chargée de marchandise De mainte diverse pensée Enpris de loyaulté assise; Destourbée ne soit, ne prise Des robeurs, escumeurs de mer; Vent, ne marée ne luy nuyse, A bien aler et retourner.
A Confort l'ay recommandée, Qu'il en face tout à sa guise, Et pencarte lui ay baillée, Qui d'estranges pays devise, Affin que dedens il advise A quel port pourra arriver, Et le chemin à chois eslise, A bien aler et retourner.
Pour acquicter joye empruntée, L'envoye, sans espargner mise, Riche devendray, quelque année, Se mon entente n'est surprise; Conscience n'auray reprise De gaing à tort au par aler, En eur viengne mon entreprise, A bien aler et retourner.
L'ENVOY.
Prince, se maulx fortune atise, Sagement s'y fault gouverner: Le droit chemin jamais ne brise, A bien aler et retourner.