French poem
A Dieu
by Edmond Haraucourt (1856–1941)
Ô Dieu, Juge infaillible et Sagesse suprême, S’il est vrai que tu sois, toi que j’ai blasphémé ; S’il est vrai que je doive un jour, nu, désarmé, Au pied de ta justice abattre mon front blême :
Tu me pardonneras mes cris et mon blasphème, Car j’en suis innocent et je t’aurais aimé ; Le crime est au destin ; ses coups m’ont déformé : La douleur veut qu’on doute et ne veut pas qu’on aime.
Tu sais, et tu sais seul, quel désespoir secret, S’acharnant sur ce cœur maudit, le dévorait ; Seul, tu connais combien la plaie était profonde.
J’ai tu mon mal à ceux dont l’âme en eût souffert, Et stoïque damné qui souriais au monde, J’ai fait rire mes pleurs et chanter mon enfer !