French poem
La Sirène
by Edmond Haraucourt (1856–1941)
L’escale du bonheur fut courte : elle est passée ; Naufragé de l’amour, je roulerais cent ans, Crispé, vivante épave, à mes regrets flottants, Sans voir d’île, où finir ma navrante odyssée.
Ô Mort, Sirène Mort ! Chante dans ma pensée ! Je t’aime ! Si j’osais sombrer avant le temps ! Tu sais que je suis tien, je sais que tu m’attends : Si j’osais t’épouser ce soir, ma fiancée !
Tu m’emporterais nu dans tes bras : tendrement, Tu laverais d’oubli le cœur de ton amant ; Ce malheur qui fut moi rentrerait dans l’abîme.
Et tout serait fini pour toujours, bien fini ; Et je pourrais dormir sans remords, impuni, Dans mon premier amour et dans mon premier crime.