French poem
Résipiscence
by Edmond Haraucourt (1856–1941)
Mon rêve, ô rêve, tu pleures ? C’est eux tous qui t’ont chassé. Je me souviens du passé, Des vieilles, des belles heures…
Oh ! pitié ! J’ai trop lutté Contre le moi d’un autre âge, J’ai trop porté, dans ma rage, Cet orgueil de révolté.
— J’ignore toutes les haines ; Je suis bon pour les mauvais, Et je dis que je vous hais, Moi qui peine pour vos peines.
Je dis que j’aime ma chair Quand je sais ma chair immonde ; J’insulte et nargue le monde, Et tout ce qui naît m’est cher.
Je ne suis qu’un fou mystique Épris d’un songe trop pur : Je vis seul, derrière un mur Bâti de terreur pudique.
On a tant ri de mon cœur Qu’un jour j’en ai ri moi-même… Ah ! sangloter un blasphème, Pleurer un rire moqueur !
Alors j’ai dit à ma harde De me consoler un peu : J’ai sali la femme et Dieu. — Et mon rêve me regarde !