French poem
Romance 147
by Edmond Haraucourt (1856–1941)
— Je t’aime ; et l’on a ri d’entendre nos sanglots : Mais ainsi qu’un lotus descend sur l’eau qui coule, Je suivrai mon destin, le cœur et les yeux clos.
Si tu m’aimes un peu, que m’importe la foule ?
— Je t’aime ; et j’ai perdu ton sourire et ta voix : Mais comme des parfums vers un dieu qu’on encense, J’élève mes regards aux astres que tu vois.
Si tu m’aimes toujours, que m’importe l’absence ? — Je t’aime ; et mon amour a su beaucoup souffrir : Puis, un autre viendra, vous me serez ravie, Mais j’en souffrirai tant que j’espère en mourir.
Si vous ne m’aimez plus, que m’importe la vie ?
— Je t’aime ; et quand j’irai, près de ceux qui sont morts, M’endormir dans la nuit sans fin où tout retombe, Qu’on jette où l’on voudra les restes de mon corps !
Si tu n’y pleures pas, que m’importe la tombe ?