French poem
Ix
Et le jour parut... «Les Livres!...» M’écriai-je comme un fou. ... Ils étaient là, sous les cuivres De leur temple d’acajou.
Les rideaux de quinze-seize S’allongeaient dessus, prudents: Et l’orthographe française Habitait encor dedans.
Alors--oh! sur moi ruisselle, Source!... oh! Verbe de mon sol, Touche mon front de cette aile Que suit des yeux Rivarol!--
Alors... bénissant la Muse, Échappant au cauchemar De voir George Sand camuse Et Victor Hugo camard;
Sentant fuir dans la lumière La peur que, faute d’un t, Tout le rire de Molière Ne me parût édenté;
Bousculant tous les volumes; M’écriant aux beaux endroits: «Ils sont tels que nous les lûmes!...» Et les caressant des doigts;
Disant: «Merci! nuit cruelle Qui viens de me révéler Une volupté nouvelle: La volupté d’épeler»;
Trouvant chaque lettre juste; Donnant aux mots le baiser Que l’on donnerait au buste Qu’on a cru voir se briser;
Oubliant dans mon délire L’hamlétisme et tous ses maux, Je me mis à lire, à lire Des mots, des mots et des mots!...
Et jamais je n’ai, peut-être, Su comme aujourd’hui je sais Que j’adore chaque lettre De chacun des mots français.
Cambo, 5 avril 1905.