French poem
La Glycine
A mon balcon cette glycine Tord ses bras fleuris dans le soir, Avec le tendre désespoir D'une princesse de Racine.
Elle en a la fière langueur Et la mortelle nonchalance; Et lorsqu'un souffle la balance, Et que le jour traîne en longueur,
Et tarde à partir, et recule Le déchirement tant qu'il peut, Elle exhale une âme d'adieu, Bérénice du crépuscule!
Le livre glisse de mes mains. Le petit drame se termine. «Cruel!» dit au jour la glycine. Les cieux blessés ont des carmins.
Par la haute porte-fenêtre, Mystérieusement, alors, Une des branches du dehors, Comme un geste vivant, pénètre.
Du frémissant encadrement Ce bras jeune et souple s'échappe; Et je sens sur mon front la grappe Qu'il laisse pendre tendrement!
Tout s'embaume. Et je remercie. Et, pour lui dire mon amour, Je donne à la fleur, tour à tour, Le nom d'Esther et d'Aricie.
Et je compare, les yeux sur Mon livre tombé sans secousse, L'odeur plus forte d'être douce Au vers plus ardent d'être pur!
Un divin poison m'assassine! Et je doute, en le chérissant, Si de ma glycine il descend Ou s'il monte de mon Racine!