Versos French Edmond Rostand La Première

French poem

La Première

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Or, c'est Dieu qui fit la première, Qui façonna son corps si cher Lui-même, dans de la lumière, Et pétrit son exquise chair.

Il mit sur sa peau de l'aurore Et du soir d'été dans ses yeux, Puis il tissa pour elle encore Le soleil en rayons soyeux.

De ses adroites mains divines Le bon Dieu sculptait, il dorait. Et déjà le souffle odorait Entre les lèvres purpurines.

Déjà l'oeil charmant s'entr'ouvrait Comme s'entr'ouvre une pervenche; Et du talon fin à la hanche La ligne onduleuse courait.

Pâle aux musiques de l'orchestre Qu'apportaient les vents attiédis, Émerveillant le paradis Qui n'était alors que terrestre,

Ève s'épanouit, semblant Sous les branches, nue et pudique, Un tel chef-d'oeuvre doux et blanc Que le lys murmura: «J'abdique!»

Dieu, riant dans sa barbe, dit: «Tu feras le bonheur de l'homme.» Or, c'est elle qui le perdit En lui faisant croquer la pomme.

A qui serait-il donc prudent D'offrir le coeur et la chaumière? La première perdit Adam: Et c'est Dieu qui fit la première!