French poem
Le Portrait
Alors elle s’exalte et s’attendrit. Serment Qu’elle lui fit un jour, (oui, c’est lui qu’elle adore!) Elle va te tenir, et tout de suite encore! N’a-t-elle pas juré de composer pour lui Son portrait? Les portraits sont de mode aujourd’hui. Sa toilette?... Plus tard! Et sur la housse blanche De la table à coiffer, un bras dans une manche, L’autre bras nu, laissant l’habilleuse crier, Elle pose, au milieu des fards, un encrier; Là, parmi les flacons, ouvre une feuille, date, Et, devant le miroir, écrit:
POUR TIRIDATE.
D’autres ayant parlé de leur gorge, je veux Dire un mot de la mienne: elle est belle. Mes yeux Sont violets le jour et noirs à la lumière; Je suis d’un blond hardi, ma grâce est singulière, Et ma bouche n’est pas des plus petites... mais De plus perlière On n’en vit jamais. Ma beauté, dès quelle se montre, Peut ne pas mettre tout en feu, Mais par la suite il s’y rencontre Un agrément à quoi l’on résiste assez peu. J’aime le bal, j’aime le jeu, Et je...
Sa plume court, moulant le J des JE! Son petit moi ne lui semble pas haïssable, Et, lorsqu’elle est au bas d’une page, elle sable, Tourne, et sur le verso cherche à se peindre encor; Et, lorsqu’elle relit son œuvre écrite en or, --L’encre ayant retenu la poudre s’est dorée,-- Elle ne laisse pas d’être un peu déferrée, Car elle s’aperçoit qu’en ce portrait promis A Tiridate, et fait pour lui seul, elle a mis Les choses qu’elle sait qui plaisent à Phylante.