Versos French Edmond Rostand Le Tambourineur

French poem

Le Tambourineur

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A l'heure où l'invisible orchestre des cigales N'exerce pas encor ses petites cymbales, Quand l'horizon est rose et vert, de bon matin, Par les sentiers pierreux de la blanche colline, En jouant un vieil air lentement s'achemine Le tambourineur, beau comme un pâtre latin.

Sous les pins parasols d'où pleuvent les aiguilles Qui rendent les sentiers glissants, il fait des trilles Sur le fin gaboulet, comme un merle siffleur. Sa longue caisse aux flots de rubans verts ballante, Il s'en va pour donner une aubade galante A la belle qui l'a choisi pour cajoleur.

Il souffle dans son fifre un air très gai de danse, Pendant qu'il frappe avec la baguette, en cadence, La peau du tambourin qui ronfle sourdement. Le petit galoubet d'ivoire rossignole, Et le tambourin suit l'alerte farandole D'un monotone, un peu triste, accompagnement.

Tambourineur d'Amour, comme je te ressemble! Je vais jouant du triste et du gai tout ensemble: Le tambourin sonore et grave, c'est mon coeur, Rien plus lourd à porter, va, que ta caisse lourde! Mais, toujours, cependant qu'il fait sa plainte sourde, Sifflote mon esprit, ce galoubet moqueur!

1888.