French poem
Les Cochons Roses
Le jour s'annonce à l'Orient De pourpre se coloriant; Le doigt du matin souriant Ouvre les roses; Et sous la garde d'un gamin Qui tient une gaule à la main, On voit passer sur le chemin Les cochons roses,
Le rose rare au ton charmant Qu'à l'horizon, en ce moment, Là-bas, au fond du firmament, On voit s'étendre, Ne réjouit pas tant les yeux, N'est pas si frais et si joyeux Que celui des cochons soyeux D'un rose tendre.
Le zéphyr, ce doux maraudeur, Porte plus d'un parfum rôdeur, Et, dans la matinale odeur Des églantines, Les petits cochons transportés Ont d'exquises vivacités Et d'insouciantes gaîtés Presque enfantines.
Heureux, poussant de petits cris, Ils vont par les sentiers fleuris, Et ce sont des jeux et des ris Remplis de grâces; Ils vont, et tous ces corps charnus Sont si roses qu'ils semblent nus, Comme ceux d'amours ingénus Aux formes grasses.
Des points noirs dans ce rose clair Semblant des truffes dans leur chair Leur donnent vaguement un air De galantine, Et leur petit trottinement A cette graisse, incessamment, Communique un tremblotement De gélatine.
Le long du ruisseau floflottant Ils suivent, tout en ronflotant, La blouse au large dos flottant De toile bleue; Ils trottent, les petits cochons, Les gorets gras et folichons Remuant les tire-bouchons Que fait leur queue.
Et quand les champs sans papillons Exhaleront de leurs sillons Les plaintes douces des grillons Toujours pareilles, Les cochons, rentrant au bercail, Défileront sous le portail, Agitant le double éventail De leurs oreilles.
Puis, quand, là-bas, à l'Occident, Croulera le soleil ardent, A l'heure où le soir descendant Touche les roses, Paisiblement couchés en rond, Près de l'auge peinte en marron, Bien repus, ils s'endormiront, Les cochons roses.