French poem
Les Genets
Sur ces balais--stupidement--dressés du sol S'est abattu tout un doux vol.
Pour se poser--sur ces balais,--dans la campagne, Des papillons viennent d'Espagne.
Des papillons--qui sont des fleurs,--des fleurs qui sont Des papillons! Essaim? Buisson?
Sont-ils des fleurs?--Sentez leur souffle!--Ou bien sont-elles Des papillons? Voyez leurs ailes!
Papillons-fleurs;--ces papillons--se sont, légers, Sur chaque brindille étagés!
Les gros en bas,--et, tout en haut--de chaque tige, Le plus petit de tous voltige!
Et tout ce vol--de papillons--tout palpitants S'installe là pour quelque temps.
Et maintenant,--les vieux balais--ont une housse, Et répandent une odeur douce:
Ça sent si bon--que c'est toujours--comme si on Attendait la procession!
Et cette odeur--s'en va troubler--toute la lande, Car le vent fait la propagande.
Balais! balais!--qui vous eût dit,--balais piteux, Que vous seriez si capiteux?
Et tout d'un coup--(mais quel besoin--des fleurs ont-elles Étant des fleurs, d'avoir des ailes?)
L'essaim doré,--qui se souvient--d'être espagnol, Prend au vent d'Espagne son vol!
Que reste-t-il--de l'or vivant,--des ailes douces? Quelques noires petites gousses!
Vous n'avez plus--qu'à frissonner,--genêts frileux, En nous offrant, des balais bleus,
Des balais bleus--pour balayer--devant nos portes L'amas prochain des feuilles mortes!
Balais! balais!--pauvres genêts,--vous êtes laids! Vous n'êtes plus que des balais!
Et vainement--vous murmurez,--ne pouvant croire A la fuite de tant de gloire:
«Qu'est-ce que c'est--que ces fleurs-là--qui fuient aux vents Il faut consulter les Savants!»
«Que voulez-vous!»--vous répondront--leurs voix cassées, «C'est des papilionacées!
«Il faut avoir,--quand on a peur--de ces douleurs, Des fleurs qui ne soient que des fleurs!
«Mais quand on veut--des fleurs en or--ayant des ailes, On sait à quoi s'attendre d'elles!»