French poem
Louis XVIII. ode
by Édouard d’Anglemont (1796–1876)
Toi qui reçus naguère, en tes caveaux antiques, D’un fils d’Henri-le-Grand les restes vénérés, Saint-Denis, ouvre encor tes lugubres portiques ! Pleurez, Français, pleurez !
Un Roi de l’étranger délivra nos campagnes, Fonda nos libertés sur un pacte immortel, Rendit à Ferdinand le trône des Espagnes, À la gloire un autel !
Il n’est plus !!… mais quel nom au burin de l’histoire Pourra jamais offrir des traits plus éclatans ? Dans tous les cœurs français on verra sa mémoire S’accroître avec le temps !
Mais la plaine des airs de feux est sillonnée ! N’entends-je pas des sons inconnus des humains ? Tous mes sens sont émus, et ma lyre étonnée S’échappe de mes mains !
Les Anges sur la terre annoncent leur présence ! Au séjour des élus ils emportent Louis ! Que vois-je ! le Ciel s’ouvre, et vers Bourbon s’avance Un Monarque des lys !
« Héritier de mon nom et de mon diadème, » Viens ; dit-il, près de moi sur un trône éternel ; » Mon fils ; viens recevoir du Monarque suprême » Le rameau solennel.
» Quand la Seine m’a vu régner sur son rivage, » Je n’ai jamais songé qu’à mon peuple chéri ; » De l’habitant des champs j’ai détruit le servage, » Et la France a fleuri !
» Malheur ! malheur au Roi que l’encens environne, » Et qui laisse gémir son peuple sans appui ! » Le Ciel sur notre front ne place la couronne » Que pour veiller sur lui !
» Mais toi, tu ne crains pas la céleste colère : » Tu connus ton devoir et ton cœur l’a rempli ! » D’un Roi j’ai commencé l’ouvrage tutélaire ! » Tes lois l’ont accompli !
» Dans Hartwell, des Français n’étais-tu pas le père ? » Pour qui demandais-tu ta pourpre au Dieu clément, » Quand ta main y traçait de ton règne prospère » L’auguste monument ?
» Lorsque les Rois ligués, envahissaient la France, » Tu parus ; devant eux ton sceptre se leva ! » La patrie en toi seul plaçait son espérance : » Ton sceptre la sauva !
» À tes sujets meurtris par les fers despotiques, » De droits chers et sacrés n’as-tu pas fait le don ? » Comme Henri, n’as-tu pas au sein des lys antiques » Fait asseoir le pardon ?
» Lorsque l’Ibère a vu des hordes mutinées » Dans ses villes en feu déchaîner les forfaits, » Un héros à ta voix franchit les Pyrénées » Et lui rendit la paix !
» La France avec orgueil a reçu ce trophée ; » Elle a repris son rang parmi les nations, » Et dans la tombe enfin voit dormir étouffée » L’hydre des factions !
» Viens… mais abaisse encor tes regards sur la terre » Vois la France du deuil revêtir les couleurs ; » Vois ton Frère ; en montant au trône héréditaire, » Le baigner de ses pleurs !
» Vois ton peuple, mon Fils, que sa douleur honore, » Du Prince qu’il aimait entourer le tombeau, » Jeter les yeux sur Charle, et saluer l’aurore » Du règne le plus beau !