French poem
Niaise
by Édouard Pailleron (1834–1899)
Niaise ! vous trompez-vous pas ? Niaise ! en êtes-vous bien sûre ?
Si le mot fut dit, je m’assure Qu’il vint d’une femme en tout cas.
Quoi qu’il en soit, que vous importe ? .. Des propos qu’un murmure apporte Quand ces propos sont insultans ! .. Ne faut-il pas que l’on se venge De vous voir belle comme un ange Et de vos yeux couleur du temps ?
Puis, après tout, va pour niaise ! Ont-elles de l’esprit, tant mieux ! Qu’elles bavardent à leur aise. Vous, parlez-nous avec vos yeux. En amour, ce profond mystère, Le difficile est de se taire. Qu’a vraiment à faire, entre nous, Votre altesse blonde et vermeille, Si d’autres femmes ont l’oreille, Puisque tout le reste est à vous ?
Va, Louison, laisse-les dire, Et refais à nos yeux ardens, Dans la pourpre de ton sourire, Éclater l’émail de tes dents ! Ah ! que sont les paroles vaines Auprès des chants de volupté Que les cent voix de ta beauté Font vibrer jusque dans nos veines ?
Loi mystérieuse et profonde, Désir ! c’est toi qui réunis L’homme à l’homme, le monde au monde, Dans des transports indéfinis ! C’est toi dont la puissance allume L’amour radieux du soleil, Quand, levant la gaze de brume Qui voilait pendant son sommeil Terra, sa maîtresse éternelle, Il promène, tout enflammé, Sur les charmes de l’astre aimé Son incandescente prunelle…
Aussi, vois-tu, sur ton passage, Si ce mot s’éveillait encor, Ne dis rien, enfant, — c’est plus sage ; — Mais, dénouant tes cheveux d’or, Calme et superbe d’insolence, Ouvre ta tunique en silence, Lève ton bras, rond, ferme et blanc, Souris à leur parole amère, Et, comme la Phryné, ta mère, Montre ton sein étincelant !