French poem
Rosa Mystica
by Édouard Turquety (1807–1867)
Ô jeune rose épanouie Près du tabernacle immortel, Vierge pure, tendre Marie, Douce fleur des jardins du ciel ; Ô toi qui sais parfumer l’âme Mieux que la myrrhe et le cinname Et l’encens même du saint lieu ; Ô toi dont la grâce est l’empire, Toi qui ramènes d’un sourire Le pardon aux lèvres de Dieu :
Mère du Christ, reine de l’ange, Oh ! laisse tomber jusqu’à nous Ce rayon pur et sans mélange Que nous demandons à genoux ; Cette lumière intérieure Qui fait que la vie est meilleure Et le poids du siècle moins lourd, Lumière féconde en délices, Où le cœur boit à pleins calices Les ivresses d’un saint amour !
Hélas ! il est tant d’amertume, Tant de douleurs à consoler, Tant d’êtres qu’un chagrin consume Et qui n’osent le révéler ! Leur existence est si troublée Que la pierre du mausolée Brille à leurs yeux comme le port, Et que, vaincus par la tempête, Ils ne veulent poser la tête Que sur l’oreiller de la mort.
Ô Vierge ! écoute leur prière, Sois indulgenteet souris-leur ; N’abandonne pas sur la terre Ces deshérités du bonheur ; Sois leur appui, sois leur patronne, Que ton bras sûr les environne Et défende leur doux sommeil ; Relève, relève, Marie, Chaque fleur mourante et flétrie Qui n’a point de place au soleil.
Oh ! s’il est une âme oppressée, Une femme au cœur innocent, Qui garde un nom dans sa pensée Et qui pleure en le prononçant ; Oh ! verse l’espoir sur cette âme Vacillante comme une flamme : Dis-lui qu’ailleurs on s’aime mieux ; Dis-lui qu’elle a toujours un frère, Et que, séparés sur la terre, Ils seront unis dans les cieux.
Rends à l’exilé qui t’implore Un ciel plus calme, un jour plus beau, Et comme un reflet de l’aurore Qui souriait à son berceau ; Rends à l’orpheline égarée Un peu de cette paix sacrée, Trésor d’en haut qu’elle n’a plus : Adoucis le fiel de ses larmes, Et dans un songe plein de charmes Fais-lui voir ceux qu’elle a perdus.
Et puis sur cette route amère Où Dieu sème tant de combats, S’il était une pauvre mère Dont le seul fils ne revînt pas, Soutiens dans sa longue détresse, Soutiens l’enfant de sa tendresse Qui marche avec peine et lenteur : Vierge sainte, Vierge divine, Ne laisse pas croître l’épine Dans le sentier du voyageur.
Et nous qu’un regret suit encore, Quand nous te supplions bien bas Au nom de ce Christ qu’on adore Et que tu berças dans tes bras, Ô Vierge ! ô toi qu’un regret touche, Laisse descendre de ta bouche Un langage délicieux : Ô rose ! entr’ouvre tes corolles, Et tes parfums et tes paroles Nous feront respirer les cieux !