Versos French Édouard Turquety Vers de M. Édouard Turquety à moi adressés

French poem

Vers de M. Édouard Turquety à moi adressés

by (1807–1867)

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Ami, pourquoi tant de silence ? Pourquoi t’obstiner à cacher L’hymne brillante qui s’élance De ton cœur prompt à s’épancher.

Déserte pour un jour la prose ; Réveille, après un long sommeil, Ton doux vers plus frais que la rose Au premier baiser du soleil.

Dis à l’oiseau de rouvrir l’aile : Laisse de sillon en sillon S’égarer la vive étincelle Que l’on nomme le papillon.

Rends-nous ton chant rempli de flamme, Ton chant rival du rossignol ; Permets aux brises de ton âme De nous embaumer dans leur vol.

Et, puisque tu le peux, ramène Auprès de nous l’aimable cours De la poétique fontaine Que tu voudrais céler toujours.

Regarde : jamais dans ce monde L’horizon ne fut moins serein ; Jamais angoisse plus profonde Ne tourmenta le cœur humain.

Les temps sont lourds, les temps nous pèsent ; Que devenir sous ces linceuls, Si les plus doux chanteurs se taisent, Ou ne chantent que pour eux seuls ?

Si, dans la solitude aride, Qui n’a ni calme ni saveur, Il n’est pas un ruisseau limpide, Il n’est pas un palmier sauveur ?

Oh ! viens, doux maître en rêverie, Viens reprendre ton beau concert : Ne reste pas, puisqu’on t’en prie, À t’épanouir au désert.

Fleur odorante, fleur sonore, C’est trop te refermer ; tu dois À ceux qu’un ciel brûlant dévore Ton frais parfum, ta fraîche voix.

Tu leur dois ton hymne hardie Plus suave de jour en jour, Et l’incessante mélodie De ton âme qui n’est qu’amour !