French poem
Frisson d’hiver
by Émile Nelligan (1879–1941)
Les becs de gaz sont presque clos : Chauffe mon cœur dont les sanglots S’épanchent dans ton cœur par flots, Gretchen !
Comme il te dit de mornes choses, Ce clavecin de mes névroses, Rythmant le deuil hâtif des roses, Gretchen !
Prends-moi le front, prends-moi les mains, Toi, mon trésor de rêves maints Sur les juvéniles chemins, Gretchen !
Quand le givre qui s’éternise Hivernalement s’harmonise Aux vieilles glaces de Venise, Gretchen !
Et que nos deux gros chats persans Montrent des yeux reconnaissants Près de l’âtre aux feux bruissants, Gretchen !
Et qu’au frisson de la veillée, S’élance en tendresse affolée Vers toi mon âme inconsolée, Gretchen !
Chauffe mon cœur, dont les sanglots S’épanchent dans ton cœur par flots. Les becs de gaz sont presque clos… Gretchen !