French poem
1 (Ô la splendeur de notre joie…)
Ô la splendeur de notre joie, Tissée en or dans l’air de soie !
Voici la maison douce et son pignon léger, Et le jardin et le verger.
Voici le banc, sous les pommiers D’où s’effeuille le printemps blanc, À pétales frôlants et lents. Voici des vols de lumineux ramiers Plânant, ainsi que des présages,
Dans le ciel clair du paysage. Voici — pareils à des baisers tombés sur terre De la bouche du frêle azur — Deux bleus étangs simples et purs, Bordés naïvement de fleurs involontaires.
Ô la splendeur de notre joie et de nous-mêmes, En ce jardin où nous vivons de nos emblèmes !
Là-bas, de lentes formes passent, Sont-ce nos deux âmes qui se délassent, Au long des bois et des terrasses ?
Sont-ce tes seins, sont-ce tes yeux Ces deux fleurs d’or harmonieux ? Et ces herbes — on dirait des plumages Mouillés dans la source qu’ils plissent — Sont-ce tes cheveux frais et lisses ?
Certes, aucun abri ne vaut le clair verger, Ni la maison au toit léger, Ni ce jardin, où le ciel trame
Ce climat cher à nos deux âmes.