French poem
Celle des reliques
Je suis celle des reliques mélancoliques Qui passe, en cette chambre d’or, Où ce qui vient des morts repose et dort En des boîtes de soie et des écrins de gloire ; Je suis celle de leur mémoire Et je recueille, avec mes lentes mains, le soir, Les larmes du silence au fond des bijoux noirs.
L’heure est grave et triste en cette fin de jour.
Je suis celle du pâle amour Celle des fleurs et des choses passées Qui te parle de tes mortes, enfoncées Dans de l’absence et de l’oubli,
Avec leur pauvre bouquet blanc De fleurs d’étangs. Leur collier frêle et joli Je le garde, entre mes doigts pieux D’avoir voilé tant de regards d’adieux, Depuis que je suis celle des anneaux, Solitaires Laissés sur terre Hors des tombeaux.
Le soir arrive et voici l’heure Qui sonne un glas vers les défunts de ta demeure ; J’ai connu ceux de tes aïeux Qui ont été, dans les naguères, Les héros rouges de ta race. De l’un d’entre eux tu tiens ton cœur vorace Immensément de rêve à travers mers et terres ; Voici ses croix et ses médailles Un jour, n’importe où que tu ailles Songe à tous ceux qui moururent parmi les guerres, Avec de la terre mordue, Passionnément, dans leurs bouches, Voici leur haine et leurs cartouches Leur âpre épée, en coup d’éclair, fendue
Et l’orage magnifique de plumes Qu’ils agitaient sur l’or tressé de leurs costumes.
L’heure met un baiser sur les vitraux du soir.
Voici le livre ancien à quadruple fermoir Où prièrent tous ceux des tiens Dont le roi Christ, illuminait les têtes ; Des entrelacs et des anges gardiens Caparaçonnés d’or et tels que des athlètes Humbles et doux, avec des fleurs en main, Marquent d’un faste d’or telle oraison naïve ; Des empreintes jaunes de doigts et de salive Ont de certains feuillets souillé le grain, Mais le livre est profond de tant d’âme versée, Depuis cent ans, sur chaque page cicatrisée.
En des boîtes de cèdre et d’or Je tiens les yeux captifs Des turquoises et des onyx mémoratifs ; Et mes tiroirs cachent encor Du soir et de l’aurore Fondus en des chaînons d’un feu sonore.
Avec des pas qu’on n’entend pas, Je vais la nuit de relique en relique Porter un peu d’amour mélancolique. Les voix alors, me reviennent, là-bas, De si lointains pays d’ombres et de douleurs Qu’elles semblent barques lasses, voiles pendantes Et rames noires, sur le cœur.
Je donne à ces pierres ardentes À ces bijoux et ces fleurs que je plains Les caresses de mes cheveux, Le culte de mes mains, Et la mémoire de mes yeux ; Je suis la servante de leur silence.
L’heure met de la mort sur les vitraux du soir.
Les reliques apaisent la violence Des diamants — et vont dormir. Ceux qui se continuent en toi, pour se revivre, Guettent s’ouvrir ton souvenir. Écoute — et songe aussi : c’est l’heure Qui sonne un glas dans ta demeure ;
Je suis celle de la chambre d’or En robe éclatante et nocturne Qui viens jeter un caillou taciturne Dans l’eau morte de ton remords.