Versos French Emile Verhaeren Ii

French poem

Ii

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Vous conceviez, maîtres vantés, Avec de larges opulences, Avec de rouges violences, Les corps charnus de vos beautés.

Les femmes pâles et moroses Ne miraient pas dans vos tableaux, Comme la lune au fond des eaux, Leur étisie et leurs chloroses,

Leurs fronts tristes, comme les soirs, Comme les dolentes musiques, Leurs yeux malades et phtisiques, Où micassent les désespoirs,

Leurs grâces fausses et gommées, S'allanguissant sur les sofas, Sous des peignoirs en taffetas Et des chemises parfumées.

Vos pinceaux ignoraient le fard, Les indécences, les malices Et les sous-entendus de vices. Qui clignent de l'oeil dans notre art,

Et les Vénus de colportage, Les rideaux à demi tirés, Les coins de chair moitié montrés Dans les nids du décolletage,

Les sujets vifs, les sujets mous, Les Cythères des bergeries, Les pâmoisons, les hystéries, L'alcôve--Vos femmes à vous,

Dans la splendeur des paysages, Et des palais, lambrissés d'or, Dans la pourpre et dans le décor Somptueux des anciens âges,

Vos femmes suaient la santé, Rouge de sang, blanche de graisse; Elles menaient les ruts en laisse Avec des airs de royauté.