Versos French Emile Verhaeren Iii

French poem

Iii

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Et toi, tu fus conquis par l'immobilité Et le vide du cloître et les poids de silence Qui pesant sur le coeur lèvent la volonté. Les hommes te lassaient avec leur turbulence Et leur clameur banale et leurs oeuvres d'un jour. Tes bras s'étaient meurtris à tordre des chimères, Tes mains à pavoiser de tes désirs l'amour. La vie, âpre total de nombres éphémères, Tu ne la fixas plus que d'un regard d'adieu. Et t'en allant, chargé d'orgueil et de pensée, Loin du monde roulant sans idéal, sans Dieu, Chrétien, tu ravalas ta suprême nausée. Tu te marmorisas depuis et ton cerveau Devint tranquille et pur et d'égale lumière. Comme une lampe d'or aux parois d'un caveau, Tu suspendis ton âme au temple, et ta prière Y consuma son feu d'argent; ton front dompté Ne s'appesantit plus sous la science vaine Et ton corps se figea, vêtu d'éternité. La nuit, quand tu songeais dans les stalles d'ebène, Immobile et muet, inflexible et serein, La foudre aurait roulé le long de la muraille Que rien n'eût remué dans ta pose d'airain. Tout ton esprit tendait vers l'ultime bataille, Et ta mort fut superbe et magnifiquement Tu fermas tes grands yeux aux choses de la terre Et le tombeau t'emplit de son isolement, Lutteur victorieux, tranquille et solitaire.